Culturellement vôtre

Je ne peux expliquer pourquoi, mais beaucoup aiment utiliser un vocabulaire culinaire ou faire des métaphores alimentaires quand il est question de films ou de séries – je ne sais pas si la tendance est similaire en littérature. En lisant des réflexions visant l’instant précis de découverte d’une œuvre, une pensée m’est venue, qui est parfaitement en accord avec ce parallèle : il n’y a pas de date de péremption.

Quelle révélation ! Je suis de plus en plus frappée par le mode de consommation (encore un mot qui va bien avec la nourriture) actuel, qui s’accorde avec la nouveauté. Le dernier film qui vient de sortir, la dernière série du moment. Continuellement penché vers l’avenir et trop rarement sur le passé.

Couverture de l'exemplaire de Orgueil et Préjugés qui m'a fait découvrir Jane Austen (que je ne possède plus aujourd'hui )

Je serais bien mal placée pour prêcher la bonne parole du classique. Pendant des années, j’avais en horreur le mot, associé à des œuvres que mes professeurs de français me forçaient à lire, et aucune ne semblait avoir grâce à mes yeux. Malgré cela, j’ai toujours pensé pour je ne sais quelle raison en ce temps que fournir un peu d’effort était nécessaire. Dans le cinéma, ce n’était pas bien compliqué, et j’avais instauré une routine : un classique par mois. C’est ainsi que j’ai dû regarder Laurence d’Arabie ou encore L’arnaque (j’ai oublié les autres). Pour la littérature, ce fut beaucoup plus difficile, et je me restreignais à un seul classique par an, c’était suffisamment pénible ainsi. J’ai tenté d’aller au bout de Les Liaisons dangereuses – pas la peine de vous faire un dessin, je n’ai pas du tout aimé. Le premier pas de réconciliation avec le classique littéraire a eu lieu au cours de cette période, après avoir choisi Orgueils & Préjugés de Jane Austen. Je peux être honnête et vous dire que je ne lis pas pour autant énormément d’œuvres majeures aujourd’hui (ce à quoi je veux un peu remédier), ils m’attendent souvent sagement, j’ai tendance à privilégier d’autres romans, mais il n’empêche, il en est terminé de ces regards en coin désapprobateurs, le tout grâce à Miss Austen. Pour cela, ces romans occuperont toujours une place particulière.

Où cela me mène-t-il ? D’abord, à l’importance des œuvres qui ont marqué le temps. Ensuite, que les années passent et qu’il n’y a pas grand-chose à retenir, et qu’il faut ainsi bien choisir ce que l’on va regarder (lire ou écouter).

Quand une de mes amies – avec une sœur plus jeune – m’avait appris que les élèves n’étudiaient plus Rousseau en cours de français, je me suis limite offusquée. Déjà entre mon frère et moi, le système était passé de 4 à 2 livres. Maintenant, plus rien ?! Choc ! J’avais dû me farcir Rousseau et pas les générations d’après. Scandale ! D’abord, car il n’y a pas de raison qu’ils ne souffrent pas ces jeunes à qui on ne fait que faciliter la vie, et ensuite comment conserver son patrimoine culturel si on ne le communique pas. Les cours de français n’étaient sûrement pas mes préférés (loin de là), mais ils auront eu le mérite de me fournir un bagage que je n’aurais pas eu sans cela. Mon dieu, j’ai même découvert et aimé Pennac. Certes, le système en mon temps était déjà complètement perfectible (il semble que cela le soit encore plus aujourd’hui), mais si l’école est obligatoire, sauvons au moins les quelques bribes qui les ont rendues marquantes ! L’erreur faite est de ne pas nous apprendre à, si ce n’est un minimum à s’intéresser, au moins à respecter et comprendre le classique.

Citizen Kane, de Orson Welles - un film à voir et revoir

Pendant un semestre à l’université, j’ai pris un cours de cinéma – c’était une option indépendante de tout cursus. Bien entendu, la prof ouvrait le bal avec Citizen Kane. C’est un long-métrage que j’aime personnellement, mais qu’on peut ne pas apprécier. On ne peut pas, par contre, lui enlever sa place dans l’histoire du cinéma, et à sa façon, c’est exactement ce que la prof faisait. Des tas de films, comme une foule de romans, sont aujourd’hui dispensables ou même mauvais, mais ils ont participé à l’évolution de notre culture – celle-là même qui définit notre société. Je ne dis pas qu’il faut forcément voir ou lire, mais je pense qu’y consacrer un peu de temps est une bonne chose. Après tout, s’il y avait une leçon à tirer de l’Histoire, c’est que l’on doit comprendre le passé pour saisir le présent et améliorer le futur.

Bien entendu, comme notre temps sur Terre reste limité, il ne sert à rien non plus de se faire souffrir – à moins d’être masochiste, il va de soi (chacun son truc). Trouver le juste équilibre. Chacun a ses affinités. Il semble que les miennes ne touche pas trop le western et les films de guerre – et je ne peux pas l’expliquer. J’en regarde, parfois même inconsciemment pour réaliser à la fin qu’en effet, ce n’est pas mon style. Je ne sais pas supprimer un genre de mon catalogue, comme je ne sais pas non plus me concentrer sur un seul. L’éclectisme ne veut pas me quitter, empêchant à la fois la spécialisation, et m’offrant un regard large sur le buffet (le retour de la nourriture !).

Contrairement à la légende urbaine, la culture et le bon sens se forge avec le temps et se trouve en constante évolution, pas en s’engouffrant sans limites. Les avis changent et celui-ci n’est pas inscrit dans le marbre. Ainsi, face à ce magnifique raisonnement qui a bravé vents et marées, j’ai cherché comment être efficace dans ma propre consommation culturelle. Je tente continuellement de réduire le nombre d’œuvres qui ne méritent pas que je m’y attarde. Je sais que je me ferais toujours un peu piéger, mais quand j’en ai déjà connaissance, pourquoi persister ? À côté de cela, je tente forcément de boucher mes trous culturels, tout en prenant le temps de m’arrêter aussi sur des œuvres qui me touchent ou m’interpellent à une échelle différente.

Dis ainsi, cela ne semble pas bien compliqué. La vérité : c’est un pur cauchemar. Les défauts reviennent au galop, les sales manies et l’envie de consommation extrême (qui pourrit ma culture !) ressurgissent parfois sans crier gare, refusant de me laisser passer mon chemin sur un film qui se trouve être totalement insignifiant – et pire que tout que je ne vais pas aimé. Ce qui n’est qualitativement pas bon a le droit à un peu de temps (comment autrement différencier le bon du mauvais), mais quand même, pourquoi je tombe dans le panneau ? Cela et le fait que je ne consacre pas forcément le temps que j’aimerais à telle ou telle chose. Pour le coup, cela transforme en labyrinthe dans lequel on peut facilement s’égarer et qui représente parfaitement notre société de consommation – l’art est un produit une fois sur le marché (nourriture ! nourriture !).

Je tente donc aujourd’hui de ne me plus trop me perdre dans les méandres des productions sans saveur, même si elles croisent encore trop souvent ma route. Je m’efforce de lire un peu plus de classique, bien que cela peine à se produire. J’essaie, car j’aime. Je divague aisément, j’évolue en continu, et je tente surtout d’embrasser cet état de fait. Pour moi, c’est loin d’être si simple, mais c’est ce qui me définit le mieux, alors j’essaie.

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2 réflexions sur “Culturellement vôtre

  1. Je partage complètement ta réflexion, combien de livres lus et oubliés alors que glisser un peu de culture serait plus intelligent ? J’essaie d’insérer, moi aussi, un peu de classique et de culture même si c’est difficile parce qu’il y a tellement de choix d’autres choses, justement.

    A un moment cependant, j’ai eu le sentiment que mes lectures, même plaisantes, je ne le nie pas, me laissaient « vide ». Ce que je trouve vraiment dommage, la littérature peut tellement nous enrichir, d’une façon ou d’une autre d’ailleurs.

    Alors, c’est un peu par phases mais j’essaie d’élargir mes horizons, je sélectionne beaucoup plus, je fais le tri. Ce n’est pas encore ça, je suis la première à sauter sur un bon roman bien divertissant mais j’en ai conscience et c’est déja pas mal, non ?

    Ps: je suis consternée par ce qui est donné à lire à nos chers ados (et leur niveau de français). Ces lectures imposées sont importantes, elles permettent de s’ouvrir un peu et de se situer par rapport à ces goûts. Après, ça vient aussi avec l’âge, on peut avoir envie de s’y mettre plus tard mais la vie est déjà pleine de choses et d’activités qu’il vaut mieux s’y mettre tôt

    • J’avais écrit une petite réponse hier, et puis une fausse manipulation de ma part, et je l’ai perdue ! Je recommence donc aujourd’hui …

      Je te rejoins tout à fait sur ce sentiment de « vide ». J’ajouterais ceux qui ne laisse aucune trace, aucun souvenir (le sentiment de vide et l’oubli peuvent se combiner, mais il arrive qu’ils ne fonctionnent pas ensemble !).

      Le choix c’est à la fois le mal et le bien. Tout un éventail de possibilité, mais trop de possibilités. Il y a eu des moments où je ne savais pas forcément où mettre la tête. Encore, j’ai l’avantage d’acheter peu, même si la tentation est parfois là, je ne cède pas. Je ne lis pas assez rapidement pour cela (et ma médiathèque est là pour cela).

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