Do You Read in English ?

Pour mon anniversaire, on m’a offert Kraken de China Miéville. Il s’agit là de mon premier roman de cet auteur dont le nom est devenu quelque peu incontournable dans la littérature de genre. Il se trouve par la même occasion que le roman en question n’a pas encore été édité chez nous, donc que je le lis en anglais. Avant d’entrer dans les détails, un petit extrait non spoilerisant :

Billy had known Leon since they had been undergraduates at the same institute, though in different departments. Leon was enrolled in a PhD course in a literature department in London, though he never talked about it. He had since forever been working on a book called Uncanny Blossom. When Leon had told him, Billy had said, “I had no idea you were entering the Shit Title Olympics.”

“If you didn’t swim in your sump of ignorance you’d know that title’s designed to fuck with the French. Neither word’s translatable into their ridiculous language.”

Si vous ne parlez pas la langue de Shakespeare, la raison pour laquelle j’ai choisi cet extrait vient tout simplement du titre du roman de Leon – Uncanny Blossom – qu’il considère non traduisible en français.

En fait, plus on a le nez dans une langue, plus ses particularités deviennent flagrantes. J’aime le français, malgré toutes les difficultés qu’il me pose. Mon amour pour l’écriture n’a que pour limite ma capacité à pouvoir convenablement aligner les mots. J’aimerais posséder une prose plus aboutie, des connaissances grammaticales supérieures, seulement ce n’est pas le cas. Pour une raison qui va à l’encontre du bon sens, j’aime écrire même si c’est un art que je ne maitrise pas.

Je ne pense pas particulièrement que mes professeurs d’anglais auraient pu concevoir que je serais autant au contact de cette langue dans le futur. Non pas qu’ils ont dû se poser la question un jour, mais comme toutes les matières, aucun signe ne laissait percevoir un potentiel à exploiter. La télévision a eu raison de moi, et c’est en la regardant que j’ai réellement appris à comprendre – en tout cas, via le poste, je ne voyage pas assez pour la pratiquer et tester régulièrement mes connaissances.

Arrivée à un certain point, j’ai fini par me mettre aussi à lire en anglais. Si je suis particulièrement attachée à voir un programme dans sa langue originale (anglais, français, chinois ou danois), je n’ai pas les mêmes préoccupations littéraires. Du moins, pas à la même échelle. Aujourd’hui, je serais légèrement plus exigeante en la matière, mais peut-être, car je ne suis pas prête de lire un livre japonais dans la langue d’origine, ou sans aller jusque-là, un roman espagnol, je suis moins arrêtée sur la question. D’un autre côté, je lis principalement de la littérature anglophone, donc il faut admettre que le problème ne se pose pas trop.

Justement, si vous faites un peu le tour dans les archives pas encore très étoffées du blog, vous noterez que je lis assez régulièrement en anglais. C’est devenu une pratique courante, et l’explication qui justifie la place de roman en anglais/américain dans ma bibliothèque est d’une banalité déconcertante.

Elle est financière.

Voilà comment j’en suis arrivée à lire en anglais. Pour des raisons purement monétaires. Si l’argent offre la possibilité de s’ouvrir à tout un monde sans se poser de questions, l’absence de billet vert pousse à devoir dépasser certaines limites qu’on n’a jamais eu à relever avant – car elles ne s’étaient pas présentées. Ce qui nous entoure prend une valeur différente, et surtout il faut trouver des parades. Ainsi, acheter Zoe’s Tale de Scalzi en version originale (qu’on m’a offert soit dit en passant) se révèle plus rentable que sortir mon portefeuille pour la version française. C’est légèrement dommage, car j’aime beaucoup les éditions L’ Atalante, les livres sont plutôt jolis, mais c’est un investissement.

À cela, on peut bien évidemment ajouter le fait que le roman n’a pas été traduit chez nous. C’est d’ailleurs avec Flashforward que j’ai réellement mis le pied à l’étrier (depuis, il a été édité chez Milady). Je ne suis pas à l’affût du dernier livre, et je comprends aisément le fait que tout n’arrive pas chez nous. Nous avons nos auteurs français, notre propre littérature, et comme tout en France, l’étranger a la chance d’être bien représenté, mais évidemment, il existe un filtre inévitable. Ainsi va la vie, ainsi va la culture.

J’aime lire en français. Mais aussi, plus je lis en anglais, et plus j’aime lire en anglais. J’envie même les possibilités de cette langue, car les mots s’associent différemment, peuvent devenir plus fort, plus jovial, plus drôle à l’aide de différents procédés qui sont propres à la langue.

À moins de se doter d’un exemplaire bilingue, lire un roman en anglais pousse aussi à quitter la possible traduction et aller de l’avant. Mon père se montre irritant, car il est capable de faire une fixette sur un mot, comme s’il se devait d’y avoir obligatoirement une traduction littéraire. Même si à force, il finit par être légèrement moins regardant, c’est une idée dont il a des difficultés à se détacher, et je sais qu’il n’est pas le seul ainsi. S’il y a une chose que fait un livre ou un visionnage sans sous-titres, c’est bien forcé la personne à devoir saisir le sens et non le mot à mot. Sans s’en rendre compte, on assimile, on s’habitue, on écoute, on lit sans se poser de questions.

Finalement, rien ne vaut une bonne histoire pour se prendre au jeu.

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3 réflexions sur “Do You Read in English ?

  1. Je ne suis pas sûre que mon commentaire ait été enregistré, s’il y a doublon, n’hésite pas à le supprimer 😉

    Je disais donc, je lis en anglais depuis peu de temps, je ne m’en sentais pas capable et pourtant, le dernier que j’ai lu je l’ai lu assez rapidement et avec grand plaisir. Je ne comprends pas tous les mots mais je saisis très bien l’histoire. Pour l’instant, je fais une pause français avant d’entamer le prochain. Et +1 pour la raison financière! je comprend aussi qu’en France des livres traduits soient plus cher, mais il y a parfois de grandes différences. Zoe’s Tale est un bon exemple, A Song of Ice and Fire en est un autre avec la sortie de chaque tome en 2, 3 voire 4 tomes…

    • Ton précédent message est allée dans les « Indésirable », je ne sais pas pourquoi. J’ai plein de livres en français à lire, et j’aime bien aussi alterner. Pour Le Trône de Fer, il se trouve qu’ils ont récemment réédité les livres en « Intégrale » soit sans le découpage excessif propre aux éditions françaises, qui pousse aussi irrémédiablement vers la VO, c’est quand même à la fois plus rentable et plus pratique. Enfin, cela reste moins cher de les acheter en version originale, mais au moins, il n’y a pas 11/12 tomes à acheter.

  2. Je lis en anglais. Je suis devenue assez snob et après avoir vécu en Angleterre plus de 10 ans je n’arrive plus à ne pas lire en VO. Certains mots en anglais sont difficilement traduisibles, certaines expressions perdent leur sens, l’humour perd de sa force. En lisant en anglais j’ai l’impression de lire sans un filtre, de boire à la source. Et puis la littérature française m’inspire peu. Les auteurs anglo-saxons me touchent plus. La même chose pour les films et séries: VO all the way!

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