Le problème de l’adaptation

L'affiche de The Girl With the Dragon Tattoo de David Fincher

Les premières images de l’adaptation de The Girl With the Dragon Tattoo de David Fincher ont récemment fait surface. Je n’ai personnellement ni lu, ni vu quoi que ce soit en rapport avec Millenium. En fait, pour ce que j’en sais, Stierg Larsson est le « Dan Brown suédois » ce qui n’est, il faut le reconnaître, pas très accrocheur – en tout cas, pour moi.

Je ne compte pas y remédier malgré une petite voix intérieure qui me pousserait presque à bouquiner le livre. Mais pourquoi donc (pas la voix, mais le choix de ne pas lire/regarder) ? D’abord, car j’ai conscience que je n’aurais pas particulièrement le temps, j’ai un tas de bouquins déjà trop important ; ensuite, pourquoi irais-je une nouvelle fois me gâcher un visionnage et surtout la découverte qui doit l’accompagner ? Je ne suis pas familière avec l’intrigue, et je tiens à en rester là. Ainsi, mon esprit ne se forge pas une image trop précise et peut pleinement apprécier l’œuvre – qui peut très bien être réussie même si on connaît l’histoire.

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’une adaptation ne peut atteindre la qualité de l’œuvre sur laquelle elle se base. D’ailleurs, je suis occasionnellement lasse de lire ce genre de commentaires que j’ai tendance à trouver vain. Certes, on ne peut pas effacer ce qu’on connaît (sauf si le temps a flouté notre mémoire, ce qui est parfois pratique), mais avec le nombre d’adaptations, le propos me parait faussé ; on regarde plus de films dont on n’a pas lu le roman ou la BD ou le film original que l’inverse. En tout cas, c’est mon cas et celui de ceux qui m’entourent – à moins d’en avoir fait son cheval de bataille, et dans ces cas-là, bon courage !

Pourtant, il se trouve que je fus à un moment légèrement obsédée par l’idée d’avoir lu avant le visionnage, donc je n’en suis pas arrivée où j’en suis sans raison. En fait, l’adaptation est comme tout, il y a du bon, du moins bon et du mauvais. Sa particularité est que notre perception est déjà floutée par ce que l’on sait avant. Cela ne m’a jamais empêchée d’apprécier Orgueil et Préjugés. Une adaptation réussie n’est pas non plus gageure de qualité. Une mauvaise adaptation ne signifie pas une œuvre ratée. Mais le fait de connaitre ou non donne jour à une opinion qui ne peut décemment pas se détacher du principe même de l’adaptation.

En fait, c’est éternellement à double sens : si on n’a pas vu, on ne peut juger l’adaptation. Si on a regardé, on ne peut pas pleinement évaluer l’œuvre pour ce qu’elle est.

Sarah Lund (et son pull) dans Forbrydelsen

La série The Killing est l’exemple parfait d’un mauvais remake. Ce n’est par ailleurs pas une excellente série. Je dirais au mieux que c’est un bon show. Au-delà de l’adaptation, il y a des moments d’écriture particulièrement peu inspirés qui sont heureusement peu nombreux. Quoi qu’il en soit, je ne regrette aucunement d’avoir regardé Forbrydelsen, mais The Killing aurait été assurément plus appréciable si je l’avais vu avant ; la série danoise serait restée impeccable, car son remake ne lui arrive pas à la cheville, qu’importe l’ordre de visionnage.

L’adaptation peut aussi se montrer parfaitement réussie (dans ses propres limites) même si on connaît le roman. Je pourrais revenir à Orgueil et Préjugés et la minisérie avec Colin Firth. Mais, quoi de mieux encore que Harry Potter ? Bien entendu, je ne sais pas combien de fois j’ai pu entendre que les livres étaient mieux. Arriver au 4e c’était de la mauvaise foi, car c’est faire une réflexion qui a perdu de sa substance avec les trois précédents.

Le problème même d’une adaptation se trouve dans ce qu’elle est. Visionner Game of Thrones sans avoir lu les livres permet de découvrir l’univers sans être gêné par les changements narratifs. Le plus drôle reste de constater que les ajouts de scènes ne sont pas gênants. Il en est de même pour The Killing, meilleure quand elle s’éloigne du matériel original. Ce qui fait qu’on peut se demander s’il est pertinent ou non de lire ou de voir avant, et si ce n’est finalement pas mieux de faire l’inverse.

Avant de lire Jane Eyre, il se trouve que j’avais déjà regardé deux adaptations. Je connaissais donc les grands points de l’histoire, et même si l’ouvrage avait beaucoup à me dévoiler, j’avoue ne pas avoir particulièrement accroché. Le visionnage de Les Ensorceleuses m’a donné envie de m’attaquer au bouquin, et ce fut un choc – les deux œuvres n’ont pas grand-chose en commun. Parfois, le livre n’emballe pas comme The Jane Austen Book Club et le film s’inscrit alors comme une adaptation supérieure au roman. Et puis, il arrive aussi qu’aucune des œuvres ne séduise véritablement.

Avec le temps, j’aimerais avoir trouvé la solution miracle. Savoir quand il est préférable d’avoir déjà vu ou lu, ou quand il vaut mieux attendre. Mais plus le temps passe, plus les adaptations pleuvent et moins je ne sais comment appréhender, visionner, lire toutes ces œuvres. Je suis même divisée sur la perspective de savoir que certaine récits que j’aime vont être adaptées. Je souhaite que cela soit abouti, et d’un autre côté, il aurait peut-être été  mieux de ne pas y songer. Bien sûr, qu’importe le nombre de fois qu’on peut raconter une histoire, donner le jour à de fausses suites, surfer sur un mouvement commercial, je ne pense pas que tout cela puisse réellement détruire une œuvre qui est réussie. Les années se chargeront de lui rendre sa place, quoi qu’il advienne.

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