Une insatiabilité (culturelle) venue d’internet

Début juillet, Newsweek a publié un article sur les effets néfastes du web – avec des exemples plutôt déroutants à la clé. Il faut quand même prendre légèrement avec des pincettes dans le sens où la téléphonie est associée d’assez près au sujet, sans compter les réseaux sociaux. Je ne remets pas en cause le sujet, ni les constats, j’ai peur que cela soit un peu trop vrai et que cela ne fait qu’exposer la fragilité de l’esprit humain – la plus complexe et mystérieuse des machines. C’est juste que je pense que l’on peut utiliser internet sans être connecté à Facebook, twitter ou son téléphone portable.  L’auteur termine par une note positive, car rien ne nous empêche encore de reprendre le contrôle, même s’il faut quand même pointer du doigt que nous sommes les seules responsables de ce malaise.

Quoi qu’il en soit, si je suis heureuse de ne pas tomber dans la démence en surfant sur le web (mes propres névroses se situent à un autre niveau, j’imagine), j’ai réfléchi à l’effet négatif qu’avait eu le net sur mon existence.

D’une certaine manière, pour des gens comme moi, internet est un mal pour un bien. C’est-à-dire que, culturellement parlant, c’est la porte ouverte à un monde auquel je n’aurais peut-être jamais eu accès – ou beaucoup plus difficilement. Des titres de films, des séries, des livres. Sans fin. C’est donc un vivier à découverte et à peine ai-je écrit un nom que 50 autres sont déjà là, à faire la queue.

Cela se révèle frustrant à deux niveaux. Le premier est basique : il n’y aura jamais assez de temps pour tout cela. J’ai toujours le sentiment que je ne sais pas assez, que je ne connais pas suffisamment et dans un monde qui va aussi vite que le nôtre, la seule solution est la sélection drastique. Être Well-Read comme disent les Américains. Ce n’est pas forcément aisé, surtout qu’il est nécessaire de trouver un équilibre personnel, de ne pas rejeter les redécouvertes et sa propre identité au prix d’un consensus qui peut détruire une identité (culturel ou non).

Le second niveau est celui qu’incarnent les autres. Qu’y a-t-il de plus agaçant que quelqu’un qui vient se pavaner pour vous signifier que lui, il l’a lu (ou vu), comme si cela faisait de lui quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui sait juste mieux ?  Pendant qu’on fait une chose, quelqu’un en fait une autre, c’est un principe que j’ai bien en tête ; malgré cela, j’avoue que je suis régulièrement renvoyée au fond de mon trou, comme si le fait de ne pas connaitre certaines œuvres diminuait tout mon bagage – ce que je sais aussi totalement faux. À cela, ajoutons, car il ne faut pas les oublier, les rois de Wikipedia, ceux qui ne regardent pas, ne lisent pas, ne vivent pas, mais savent faire une recherche sur Google et peuvent alors prétendre. Ils sont assez nombreux l’air de rien, mais ils ne font qu’enfoncer le clou. Bon, il n’y a pas besoin de prétendre ou d’être arrogant pour que je ressente une sorte de frustration intérieure qui me rappelle juste tout ce que j’ai encore à abattre, c’est juste que c’est pire dans ces cas-là .

Et, tout cela, c’est venu avec internet. Avant, je butinais autant que je pouvais, le magnéto tournait à fond, je lisais plus ou moins ce qui me passait dans les mains quand cela me paraissait intéressant, et la vie continuait son cours. Mon champ de vision était limité dans le sens où je n’avais pas accès à tout ce que le web offre. Par conséquent, c’était plus contrôlable, moins énorme et ainsi, d’une certaine manière, plus satisfaisant.

Je n’ai pour autant pas envie de revenir en arrière, internet a permis multiples découvertes que je ne voudrais pas voir disparaitre. Je sais juste que toute cette immensité est à la fois fascinante et effrayante. Le pire et le meilleur en continu qui ne dépend vraiment que de mon bon vouloir. Je ne pense pas plonger dans la folie à cause du web,  mais je peux comprendre que cet afflux constant d’informations, de mots, de savoir (et malheureusement de stupidité humaine) peut faire dérailler la machine.

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